Charles IV de Luxembourg

Charles naquit à Prague en 1316 et fut baptisé sous le nom du prince tchèque Venceslas ; saint patron du Royaume de Bohême. Pour le soustraire à l’influence de sa mère, le roi Jean de Luxembourg, qui ne s’était jamais acclimaté en Bohême et qui considérait la France comme sa véritable patrie, l’envoya, âgé de sept ans, à la cour de France, où il fut élevé sous la protection du roi Charles IV dont il reçut le nom. Il demeura en France pendant huit ans et épousa une princesse française. 

Quelques années plus tard, il revint en Bohême. Sa mère était déjà morte et il trouvait le royaume dans un état lamentable, Prague délabrée, le château royal en ruine. Le jeune prince se décida à mettre de l’ordre dans l’administration du pays. Depuis plusieurs années, les éléments sains de la population mettaient la nation en garde contre la décomposition du pays ; ils se rallièrent autour du jeune prince qui put renouer avec l’ancienne tradition politique avancée et s’appuyer sur des hommes dont la plupart étaient des prélats cultivés ayant étudié dans les universités étrangères. Dans ses efforts, Charles fut soutenu également par une vague puissante de patriotisme qui trouva son expression éloquente dans la chronique dite de Dalimil, écrite en tchèque au début du règne du roi Jean. Le père de Charles, mécontent de cette activité du prince, l’éloigna de nouveau pour trois ans, mais il céda enfin et consentit à ce que son fils montât sur le trône comme héritier de la couronne. A la Diète du pays en 1341, Charles fut solennellement proclamé roi de Bohême. C’est ainsi que le roi Jean, devenu entre temps aveugle, permit à Charles non seulement d’accomplir son œuvre de reconstruction, mais aussi de prendre bientôt une place de premier plan dans la politique européenne.

Une occasion favorable ne se fit pas longtemps attendre. L’année suivante, fut élu en Avignon le pape Clément VI, qui se résolut à déposer Louis de Bavière. Depuis plus de vingt ans, Louis résistait aux excommunications pontificales, soutenu par l’opinion publique de l’Empire et par des hommes de science qui s’étaient réfugiés chez lui à Munich, tels Marsile de Padoue ou le franciscain Guillaume d’Occam, auteur d’invectives passionnées dirigées contre la curie romaine. Comme l’empereur refusait de livrer à Rome ses protégés, le pape Clément VI se décida à mettre fin à cette lutte de plusieurs années ; il pensait, depuis longtemps peut-être à faire élire le jeune roi de Bohême à la place de l’empereur détesté. Ancien précepteur à la cour de France, il connaissait bien Charles dès son enfance et  il gagna l’admiration du jeune prince par son éloquence de prédicateur. Il crut avoir trouvé en Charles l’homme capable de réaliser son projet. A la fin de l’année 1343, il invita les deux rois de Bohême dans sa résidence et au commencement de l’année 1344, il délibéra avec eux, dans le plus grand secret, sur les moyens à employer. Après de solides préparatifs diplomatiques et militaires, le pape enjoignit à l’Empire d’élire un nouveau roi et au mois de juillet 1346, Charles, âgé de trente ans, fut élu roi des Romains. Un mois plus tard, son père, le roi Jean, périssait à Crécy. Cette mort épargna à Charles bien des soucis, de même que la disparition subite de Louis de Bavière lui évita d’entrer en guerre avec l’empereur encore très puissant.

Son mariage récent avec Anne du Palatinat, ainsi que son habilité diplomatique amenèrent Charles à se réconcilier avec la famille impériale. Il ne se laissa pas décourager par la disgrâce du pape, mécontent de ses deux actes visant à rétablir la paix. La tension entre le roi et le pape s’accrut lorsque Charles refusa de donner suite à la demande de Clément VI de livrer Cola di Rienzo au tribunal pontifical. Charles n’exécuta l’ordre du pape que deux ans plus tard, dans la pensée que Clément VI mourrait probablement avant l’arrivée de Rienzo. Ce fut seulement au cours des années 1354-1355  que Charles entreprit, grâce à l’aide du nouveau pape Innocent VI une expédition à Rome, où il se fit couronner empereur. Tout jeune encore, il avait essayé de conquérir, aux cotés de son père, une partie du territoire italien, mais deux ans plus tard après avoir constaté la situation désespérée du pays, il se rendit compte de l’inutilité de ses efforts. A l’époque, il ne passa en Italie que le temps nécessaire à atteindre le but de l’expédition et se hâta de revenir en Bohême. Il voulait mettre au profit son autorité impériale pour consolider sa position dans l’Empire ainsi que pour réaliser son ancien plan de promulguer une loi qui assurât pour toujours la stabilité de l’Empire. 

La fameuse Bulle d’or de 1356, issue des délibérations de la Diète, tenue à Nuremberg ainsi qu’à Metz, établit la procédure de l’élection des rois d’Allemagne. C’était un règlement électoral, soigneusement élaboré, destiné à empêcher les guerres pour la couronne impériale. La bulle fixait exactement et en détail les droits de chacun des sept électeurs, ainsi que les formalités de vote et de l’installation du nouveau roi. Comme la bulle ne soufflait mot du pape, observant sans le dire, mais avec décision, l’esprit caractéristique des lois antipapales promulguées par les Diètes tenues sous Louis de Bavière, la Diète de Metz achève donc la première et la plus féconde décade du règne de Charles dans l’Empire. Charles aurait bien voulu poursuivre ses travaux législatifs, mais il y renonça, car il était de plus en plus souvent entraîné dans la guerre de Cent Ans. Le roi de France, qui jouait aussi par l’intermédiaire des papes résidant encore à Avignon. Toutefois, l’opinion publique des autres pays européens insistait auprès de Charles sur la nécessité de mettre fin à l’exploitation de la France par les papes. En effet, français qu’ils étaient dans la plupart des cas, les pontifes d’Avignon s’étaient mis au service des souverains français au point de risquer même la rupture avec l’Angleterre dont le Parlement s’était opposé au soutien financier de la curie romaine. Charles, profitant d’un bref pontificat d’Urbain V, qui se décida à quitter en 1367 Avignon et à rentrer à Rome, entreprit en 1368 son deuxième voyage à Rome afin d’y raffermir la position du pape ainsi que l’autorité de l’Empire. Cependant, Urbain V retourna bientôt à Avignon et le sacrifice de l’empereur s’avéra inutile.

Parvenu à l’apogée de sa puissance politique, Charles songea à assurer à son fils la succession de la couronne impériale. C’est pourquoi il voulut acheter au fils de Louis de Bavière le Brandebourg avec la dignité de prince électeur et lorsque celui-ci refusa de céder le pays, Charles l’obligea par la guerre à renoncer à ses droits. Ces efforts de l’empereur provoquèrent le mécontentement dans l’Empire, toutefois il réussit en 1376, grâce à de nouveaux sacrifices, à faire élire son fils Venceslas roi des Romains. Ce fut son dernier succès. Il se rendit, bien que malade, à Paris, au cours de l’hiver 1377-78, mais ce voyage n’eut d’autre résultat que de ruiner sa santé. Il mourut au mois de novembre 1378, âgé de soixante deux ans.

Adalbert Rankuv (Ranconis) de Jezov, docteur et ancien recteur de d’Université de Paris, en prononçant l’oraison funèbre de Charles IV, l’appela, à juste titre, le Père de la Patrie, mais la population allemande de l’état tchèque était jalouse de cette affection du peuple tchèque et encore de nos jours quelques historiens allemands répètent les paroles de l’empereur Maximilien Ier selon lequel Charles n’aurait été que « le beau-père de l’Empire ». Cependant, il occupe dans l’histoire de l’Empire une place d’honneur, bien qu’il se soit considéré avant tout comme un Tchèque. Bien qu’il eut parfois séjourné pendant un ou deux ans à l’étranger, il rentrait toujours volontiers à Prague. Au château royal qu’il avait fait reconstruire, Mathieu d’Arras et Pierre Parler, de Gmünd, lui élevèrent une magnifique cathédrale et, en bas, de l’autre coté de la rivière, sur laquelle on jeta un nouveau pont de pierre, leurs disciples édifièrent quelques grandes églises, notamment le monastère, dit « Na Slovanech ». dans les environs de Prague, Charles fit construire le château fort de Karlstejn, destiné à abriter les joyaux de la Couronne et les insignes de l’Empire. Par ces grandioses constructions, Prague devait atteindre le niveau des résidences de l’Europe occidentale, mais c’est l’Université, la première université de l’Europe centrale, qui devait rehausser son éclat. C’était le plus précieux fruit de l’alliance de Charles avec le pape Clément VI, alliance que Charles devait, d’ailleurs, payer de beaucoup de sacrifices ce qui lui attira beaucoup de railleries.

L’empereur contribua en personne au mouvement scientifique, notamment dans le domaine de l’histoire, par son autobiographie ainsi que par sa collaboration avec deux historiographes de cour. Sous sa protection, la littérature prit en Bohême un développement fécond, notamment la littérature religieuse, aussi bien allemande que tchèque. Charles essaya également de fixer le droit du pays en faisant rédiger un code de l’Etat de Bohême, appelé Majestas Carolina, dont il ne put, à cause de la résistance de la haute noblesse, faire voter que quelques chapitres, d’ailleurs les plus importants. Son chancelier, Jean de Streda (Neumarkt), écrivain allemand et admirateur de  Cola di Rienzo, de Pétrarque et de Dante, excella en épistolographie et fit de la Chancellerie un centre culturel réputé. Cependant, un homme plus grand encore a passé par là, le célèbre prédicateur Milic de Kromeriz, père de la Réforme tchèque (1374). Milic avait fondé une école de prédicateurs, et c’est de cette école que devaient sortir Maitre Jan Hus, héritier de sa gloire, et maints autres hommes d’Etat de la révolution hussite.

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