Le
paysage dans le sud de la Bohême offre probablement la meilleure idée
du travail grandiose qui y fut accompli par de nombreuses générations
d’habitants, en la cultivant, ils transformèrent la région
en un magnifique jardin fruitier. Dès le 16ème
siècle, les bâtisseurs d’étangs construisaient des ouvrages
parfaitement réfléchis, souvent d’une conception technique
hardie. Les systèmes d’étangs et d’innombrables canaux agrémentent
le paysage tels des yeux brillants reliés par des rubans luisants.
Depuis cinq siècles déjà, on élève dans
ces étangs des tanches et des carpes qui font les délices
servis lors du réveillon de Noël. Ces poissons étaient
dégustés déjà par les grands seigneurs de la
Bohême du Sud, à savoir les membres de la puissante famille
aristocratique de Rozmberk et de Hradec qui avait la rose à son blason.
Autrefois, la Bohême du Sud était un royaume au sein du royaume,
où le pouvoir du souverain n’était représenté
que par les murailles solides de la ville de Ceské Budejovice et,
dès le 15ème siècle, par celles de Tabor,
ville forte hussite sur la route de Prague. Tout le reste appartenait à
cette famille noble, fière et puissante, dont les membres habitaient
les châteaux de Huluboka, Krumlov, Hradec et Trebon. La dynastie des
Rozmberk s’éteignit au début du 17ème siècle
et les Schwarzemberg vinrent occuper leur position, ce qui fit que le paysage
garda son aspect uni, le caractère d’un domaine seigneurial géré
par une main généreuse.
La
Bohême du Sud comporte également le massif de la Sumava
et la région située aux pied de cette chaîne de montagnes.
Là, également, des nappes d’eau brillent : les lacs mélancoliques
de la Sumava, cachés à l’ombre des forêts majestueuses.
Des torrents alimentent des chenaux de bûcherons et des scieries ainsi
que des petites rivières aux lits creusés par les crues de
printemps. Là aussi les gens vivent depuis les temps immémoriaux.
Les chasseurs du paléothique peuplèrent cette région,
de même que les bergers du néolithique et les artisans de l’âge
du bronze. Ils communiquaient en tchèque ou en allemand et s’occupaient,
en bonne entente, des forêts et entretenaient les chemins pierreux
et sablonneux. Autrefois les routes commerciales de Bavière franchissaient
le massif et aux endroits où les touristes actuels admirent la flore
des tourbières de Sumava, des mulets gravissaient les pentes, transportant
de lourds chargements de sel destinés aux villes de Bohême
Centrale. Attachés aux radeaux, le bois était descendu par
voie fluviale jusqu’à Prague et plus loin, au-delà des frontières
du pays.
Le sud de la Bohême est souvent appelé "galerie d’art unique". La région semble constituer un immense musée fournissant le témoignage de tous les courants artistiques qui traversèrent l’Europe pendant le dernier millénaire. En parcourant la Bohême du Sud, le touriste prend connaissance de l’histoire de l’architecture européenne. Il visite de magnifiques monuments érigés en grand nombre dans une seule région. Il découvre de somptueuses architectures romanes, des ouvrages gothiques grandioses se rangeant parmi les plus beaux de toute la Bohême. Depuis les année trente du 16ème siècle, la Renaissance est introduite en Bohême du Sud pour laisser ses traces dans les magnifiques résidences aristocratiques et marquer les villes entières de son empreinte. Les riches familles patriciennes transformèrent leurs maisons en palais. D'’nnombrables maçons et tailleurs de pierre vinrent enrichir les merveilles architecturales de la Bohême du Sud. Dans cette région, la Renaissance suscite l’admiration pour son style d’une étonnante pureté. Envahissant la Bohême du Sud, le Baroque confère à la région son aspect caractéristique, il y laisse d’une part d’innombrables édifices somptueux, d’autre part marque le style de simples fermes, de petites chapelles, de croix élevées dans les champs. Le Baroque rural de la Bohême du Sud est une notion figurant dans l’histoire de l’architecture mondiale, les ouvrages créés par des maçons campagnards s’intègrent parfaitement au paysage.


Bohême du Sud